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Interview with Dennis Alcapone

Dennis Alcapone

Plongeon dans les années 70 avec le "Musical Liquidator" : Dennis Alcapone. Celui qui fut le seul rival de U-Roy vit désormais à Londres. Alcapone - à l'image son célèbre homonyme - est un homme discret mais actif. Il prépare sa biographie (avis aux éditeurs !), collabore à l'occasion sur des nouvelles productions - comme sa version aux côtés de Max Roméo pour le label italien Satta Records - et se produit régulièrement sur la scène internationale et britannique. From the number one station, here comes...

Ton premier producteur fut le regretté Keith Hudson (mort en 1984)...

DA - C'est exact. Tous les morceaux que j'ai fait pour lui son sortis sous mon vrai nom : Dennis Smith, à mes débuts c'est le nom que j'utilisais. J'ai chanté "Old Fashioned way", "Shades of Hudson", "The Sky is the limit" et quelques autres morceaux pour Hudson.

"Old Fashioned Way" date de 1968, c'était vraiment ton premier morceau ?

DA - Non, le premier morceau s'appelait "El Paso" qu'il a rebaptisé "Marker Version"... Mais, ce n'était pas le riddim sur lequel j'avais l'habitude de le faire en sound. En fait, Keith aimait ce lyrics et il tenait à enregistrer le morceau...c'était le lyrics N°1 de notre sound, à chaque fois que je le chantais les gens devenait fous !!

Le nom de ton sound "El Paso" sonne plutôt western...

DA - Well, lorsqu'on cherchait notre nom il y avait un sound appelé "El Toro", il y avait aussi cette chanson de Marty Robbins "El Paso"... (il chante)...right, j'aimais cette chanson, c'était un son western conscious qui se jouait le dimanche. Il y avait déjà "El Toro" et on a décidé de prendre ce nom : "El Paso"...

D'ou tiens tu ton nom, Alcapone ?

DA - Ce nom m'a été donné par un ami, on était allé au cinéma et en revenant il a commencé à m'appeler Alcapone...ça collait ! Le lendemain au réveil tous le monde m'appelait comme ça ! Quand je suis allé à Studio One, j'ai dit à Coxsone qu'il devrait m'appeler Dennis Alcapone plutôt que Dennis Smith... J'ai enregistré pour lui "Nanny Version" et le Riddim Nanny Goat de Larry & Alvin : Dennis Alcapone était né...chez Studio One !

Un autre de tes producteurs fut le célèbre rival de Coxsone, Duke Reid...

DA - U ROY était chez Duke Reid à l'époque, avec Studio One c'était le meilleur studio de l'île... U ROY était dans une écurie et moi dans l'autre, car on se devait d'aller dans les meilleurs studios pour avoir le son désiré ! Lorsque je suis apparu, U ROY a commencé très fort...Son premier hit pour Duke Reid "Wake the town and tell the people" a vraiment réveillé les gens, de même pour "Wear you to the ball"... Ces disques ont vraiment tout changé dans l'industrie musicale jamaïcaine, ils se vendaient comme des petits pains ! Les autres chanteurs avaient du mal à vendre face à UROY, puis je suis apparu avec mes morceaux pour Keith Hudson et ensuite pour Studio One. C'est alors, que j'ai commencé à rivaliser avec U ROY. J'ai gagné le titre de DJ délivré par Swing Magazine en 1971 et 72... Ils m'ont donné une petite coupe (!). Lorsque U ROY est parti pour l'Angleterre, c'est moi qui ai pris les commandes en Jamaïque... Puis, j'ai fait ma première tournée en Guyane avec Tinga Steward en chanteur principal et des gens comme Keith Sterling, Willy Lyndo ou Larry Mc Donald en musiciens. Certains d'entre eux avaient déjà travaillé avec des gens célèbres tels que Peter Tosh ou Sly & Robbie...

On raconte qu'entre 1970 et 1973 tu aurais enregistré plus de 130 morceaux différents !

DA - C'est vrai, j'ai enregistré beaucoup de singles... A l'époque on ne nous payait pas beaucoup et seulement à l'enregistrement, alors pour accumuler un peu d'argent il fallait beaucoup enregistrer ! Du coup, en un week-end tu pouvais avoir 6 nouveaux singles de Dennis Alcapone ! Tous produit par des producteurs différents ! De plus lorsque un artiste est "hot" en Jamaïque, tous les producteurs veulent leur part du gâteau, ils veulent tous prendre le train en marche...c'est comme ça le business des DJ ! Parfois tu n'as pas les lyrics mais ils te veulent, en fait ils veulent juste ta voix...

C'est comme ça que tu as enregistré pour Tony Robinson, Ms Pottinger, Lee Perry, J Johnson, Joe Gibbs, Prince Buster et tant d'autres...

DA - Exact, je me souviens du morceau "Rivers of Babylon"... Il y a une histoire derrière ! Mon second dans "El Paso" était Samuel the First et mon troisième Prince Francis, right... Un gars des Melodians (un certain Pookino) est venu me chercher pour enregistrer une version de Rivers of Babylon, je n'étais pas là mais Samuel lui a dit qu'il pouvait la faire à ma place et il l'a fait sans me prévenir...Il y a 6 ou 7 ans, je l'ai revu car il habite au Canada... Il m'a dit : "Dennis j'ai un truc à te dire... " (rires)
"dis moi, je t'écoute"
"Tu sais , c'est toi qui aurais dû faire le morceau Rivers of Babylon car c'est toi que Pookie voulait...",
"C'est pas grave, au contraire bonne chance ! Cela t'auras au moins permis de percer dans le business !"
En fait, la plupart du temps les producteur venaient me voir dés qu'il y avait un hit pour en avoir une version...

Y a-t-il déjà eu un clash entre toi et U ROY ?

DA - Nous n'avons jamais clashé mais lorsque il était en Angleterre, U ROY - sur une idée de Bunny Lee- a enregistré une chanson où il me menace ( "I'm gonna tip up your tone and crack your bone ), mais je ne lui ai jamais répondu...Car à cette époque, je ne pensais pas en terme de clash. Quoiqu'il en soit, pour moi U ROY était un grand DJ ! Il n'y avait pas le genre de truc que tu vois de nos jours entre Bounty, Beenie et Capleton... Il y avait un authentique amour de la musique, une véritable fraternité entre artistes.... On ne se manquait pas de respect entre nous ! Même lorsqu'il y a eu ce clash entre Prince Buster et Derrick Morgan , cela restait amical. On était là par amour du son, il n'y avait pas tant d'argent en jeu !

Vous n'imaginiez pas une telle reconnaissance à long terme ?

DA - Right, à cette époque je ne pensais pas à long terme... Il s'agissait juste de chanter ! ! J'ai commencé dans le dancehall, j'y étais à l'aise et je ne pensais pas à enregistrer jusqu'à ce que Keith Hudson vienne me chercher pour faire des vinyls... Le dancehall a été ma meilleure publicité. D'ailleurs, je tiens à préciser que les affirmations selon lesquelles le dancehall aurait démarré dans les 70s/ début des 80s, sont complètement ridicules ! De la sorte, on efface une partie de l'histoire... Il y avait des gens auparavant, des gens qui ont posé les fondations du genre: le dancehall était là dés les 50s ! Right, dans les 50s des sounds comme Coxsone, Duke Reid, King Edwards ou Tom the Great Sebastian faisait déjà du dancehall. Tout était dancehall à cette époque ! Chaque génération apporte un dancehall différent, mais je ne veux pas que les gens oublient les fondateurs... Il ne faut pas parler que des branches de l'arbre... Des DJ comme Count Machuki, Sir Lord Comic, King Stitt, Sporty... Rien ne serait pareil sans eux, ils sont trop nombreux pour être cités mais il faut les citer car on leur doit le plus grand respect ! King Stitt avait du succés longtemps avant U ROY ! U ROY à apporté le concept des lyrics complet mais ce n'est pas une raison pour oublier les autres !

Un de tes morceaux de 72, "Teach the Children", est encore utilisé lors de cours de littérature en Jamaïque !

DA - En effet, il est joué tous les dimanches à la radio ! Tous ce que j'ai fait se trouve sur ce disque... Dans les années à venir, lorsque nous ne serons plus là, les gens voudront en savoir plus sur nous. Vous tous qui êtes intelligents, faites vos recherches et n'oubliez pas une partie de l'histoire...Half the story has never been told !

Tu as été le premier à faire des Gun Lyrics ?

DA - En fait ça se faisait déjà avant, à l'époque du Ska. Prince Buster avait fait un "Guns don't argue" au début des 60s, des collaborateurs de Baba Brooks avait aussi sorti un titre appelé "Gun Fever". Pour moi il s'agissait d'être un défenseur (defender) et pas un offenseur (offender)... If u make the children cry, you'll have to tell Alcapone why ! C'est comme les conscious lyrics, on en faisait déjà dans les 60s,70s ou les 80s comme dans "Rocking to Ethiopia" ou "King of Kings". Ce sont juste des gens différents, comme Sizzla ou Capleton, qui le font de nos jours...

Nombre de tes singles (11 environ) chez Studio One ne sont jamais sortis !

DA - En effet, on ne les a pas mis dans l'album "Forever Version". Il faudrait voir avec Coxsone !

Quels sont tes rapports avec Bunny Lee ?

DA - C'est un ami... Coxsone ou Duke Reid sont plus des hommes d'affaires. Avec Bunny on faisait le tour des studios à la recherche des meilleurs sons, le soir on allait au cinéma ensemble avec des gens comme Max Romeo, Delroy Wilson, Derrick Morgan, Niney Holness ou Scratch Perry... C'était une bonne période, j'en ai gardé de très bons souvenirs !

Tu as participé à un album pour ON-U sounds ("2 Bad Cards") avec U-Brown.

DA - En fait U-Brown n'était pas dans les studios lorsque j'ai enregistré pour Adrian Sherwood... J'ai parlé à U Brown récemment et on a l'intention de faire quelque chose ensemble... En fait, j'ai pas mal de projets en cours : un album en préparation pour Mafia & Fluxy, un autre pour mon propre compte ainsi qu'une compilation d'inédits... Cela fait longtemps que je n'ai rien sorti ! Pour l'anecdote et le souvenir, j'ai produit quelques morceaux de Dennis Brown et Delroy Wilson... On ne doit pas les oublier car ils ne sont plus à nos côtés, leur musique demeure mais ils nous manquent... Respect à tous mes fans !

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