Interview with Jah Woosh
Noyé dans la masse des DJ's apparus dans la période effervescente des 70's, Jah Woosh aura connu son heure de gloire avant de disparaître de la scène musicale avec l'avènement du son digital. Après Kingston, c'est à Londres et au Ghana qu'il a élu domicile pour renouer avec la tradition du son roots qu'il aime ; pas de nouvelle production au programme mais une quantité industrielle de rééditions indispensables et d'inédits empilés au fil des années passées dans les meilleurs studios de Kingston. Car en plus d'être un DJ talentueux et original, Jah Woosh fut également un producteur prolifique et inspiré par sa foi rastafarienne... Rencontre avec un homme de foi pour qui la victoire du roots est inéluctable...
Dans Jah Woosh , il y a Jah...
JW - Well, personne ne m'a jamais enseigné Rasta car on naît rasta, on ne devient pas rasta... La révélation m'est venue en 1966 lors de la visite de HIM à Kingston, je n'étais qu'un enfant et je n'ai pas pu aller sur l'aéroport mais j'ai assisté au défilé à travers Kingston... J'étais hypnotisé et tout était si mystique, la pluie succédait au soleil et ainsi de suite... C'était trop mystique pour moi ! Je ne saurais pas l'expliquer avec des mots d'hommes mais je vais essayer : j'étais dans la foule, j'ai vu la voiture contenant le Gouverneur Général et sa Majesté Impériale... La voiture n'avait pas de toit, right ! Soudain, la pluie s'est mise à tomber et il y a eu des éclairs... Puis le soleil est apparu et tout était sec, comme si une force supérieure avait protégé les passagers de la voiture ! Je n'oublierai jamais ce jour car c'est là que j'ai compris qu'il était le Roi des Rois... Ce jour là, je suis devenu un real rasta youth !
Quel itinéraire emprunte un rasta youth pour aller en studio ?
JW - J'ai commencé par prendre le micro au sein du Prince Lloyd Sound au début des années 70, Prince Lloyd était un sound underground comparé à Coxsone ou Duke Reid qui étaient plus "populaires" à l'époque... Un ami qui aimait mon style m'a présenté au sound et Prince Lloyd m'a embauché immédiatement pour DJ sur son set, j'ai joué dans tous les quartiers de Kingston même a Rema qui était un quartier vraiment chaud à l'époque... Trop de politique et de coups de feu... Au départ on m'appelait Woosh, lorsque j'ai affiché ma foi rasta on m'a rebaptisé Jah Woosh ! Blacka Morwell fut le premier à m'enregistrer, j'allais souvent chanter pour lui et il aimait mon style ...Un jour lui et un frère du nom de Blue, propriétaire du label Blue Bell, sont venus me trouver pour faire une version DJ du morceau Prophecy de Little Roy . On a utilisé le cut original car Blacka avait pris part à la production du morceau chez Tafari (label de Little Roy). On a mis "Angela Davis" sur une face et "Mr Buyer" sur l'autre... Angela Davis appartenait au mouvement américain des Black Panthers, elle se battait pour la vérité et la justice et à ma manière j'ai voulu lui rendre hommage... C'était en 1972 et c'était mon premier enregistrement ! Auparavant, je chantais également avec Reggae George sous le nom de Neville & George. On n'a jamais enregistré mais on a fait plusieurs auditions pour Coxsone et Reid... Les harmonies du duo n'étaient pas bonnes et ça n'a pas marché ! J'ai donc fait mon chemin en tant que DJ... Même si j'ai continué à chanter de temps à autres, j'étais un véritable singjay mélangeant le chant et le toast pour lequel je me suis inspiré de U-Roy et Jah Youth...
Malgré une discographie en fournie, tu restes un artiste méconnu...
JW - J'ai une vingtaine d'albums à mon actif et beaucoup d'autres à venir... Le tout premier s'intitulait simplement "Jah Woosh" et il est sorti sur Cactus, le label de Rupie Edwards, en 1974... Une expérience inoubliable : Tubby's en ingénieur et des rythmiques de Rupie Edwards sélectionnées par mes soins. On a posé l'album en un temps record et Tubby's a mixé tout ça à sa manière unique. Cet album contenait également une combinaison historique entre Johnny Clarke et Flabba Holt, car Flabba chantait à l'époque ! Avant l'album j'avais déjà beaucoup de singles à mon actif pour Morwells, Mighty Cloud, Sunshot, Channel One, Spider-Man... J'ai eu de la chance car après mon premier morceau pour Morwells, tous les producteurs voulaient m'enregistrer sur leur label ! Mon premier album est rapidement entré dans les charts et s'est placé en première position, ce n'est que lors de mon premier voyage en Angleterre en 1976 que j'ai vraiment pris conscience de ma popularité... Entre temps, j'avais déjà enregistré l'album "Songs of Wisdom" pour JahMan... C'est Black Wax qui l'a sorti et mal sorti car il y avait ajouté par erreur des chansons de Jah Stitch ! J'ai toujours l'album original en ma possesion qui demeure inédit jusqu'à ce jour...
"Chalice Blaze" est le plus populaire de tes albums...
JW - C'est aussi mon préféré ! Cet album contient des productions de Leonard Santic et Ennos McLeod tandis qu'à la console de mixage il y avait des gens comme Gussie Clarke ou Horace Swaby a.k.a. Augustus Pablo... Certains de ces morceaux ont été réédités par Pressure Sounds sur l'album "A Harder Shade of Black". J'ai réédité l'album en CD mais pas en vinyle car un label pirate canadien du nom d'Abraham m'a pris de court ! Ils ont fait une réédition sauvage avec un nom différent (ndlr. "Jah Woosh : Ital Movement"), ils ont aussi changé les noms de chaque version et repris la couverture de l'album "Dreadlocks Affair" paru chez Trojan... Méfiez-vous des imitations ! Idem pour Trojan, j'ai signé pour une grande compagnie du nom de Trojan en 1977 pour "Dreadlocks Affair", puis en 1978 j'ai fait pour eux l'album "Religious Dread" que j'ai réédité en CD ... Lorsque Trojan a changé de mains, ils ont compilé des morceaux issus des précédents albums afin d'en fabriquer de nouveaux tels que "I Roy & Jah Woosh"... Ils n'ont pas le droit de faire ça sans mon accord !
Des souvenirs de votre Marijuana World Tour ?
JW - Yes... En 1979, J'ai enregistré chez Black Ark pour certains titres de cet album avec Scratch à la console ! A l'époque j'étais souvent avec Docteur Alimantado qui connaissait bien Perry pour avoir enregistré pour lui... Ma session d'enregistrement a eu lieu quelques jours après celle où Tado a fait "Best Dressed Chicken in town", j'en ai gardé 2 morceaux qui sont sur l'album... Cet album me fait toujours penser à Idlers Rest, le point de rendez-vous des artistes de Kingston dans les 70s... On se retrouvait tous là-bas, l'inspiration de nos chansons vient de là également !! "Gathering Israël" était l'album suivant, la collection Sensi Dubs avec Sly Roobie, Glen Brown sur 6 volumes... J'ai déjà eu d'autres labels tels que Yard International ou Sky Juice...Il y a également un Lp de Reggae George, un Lp chanté de Errol Flabba Holt intitulé "Visions of Africa" , Larry Marshall "Throw mi corn" , Winston Jarett "Tribute to Bob Marley" , King Tubby's dub 1 & 2, Bim Sherman Showcase, un Lp de Mikey Simpson et beaucoup d'autres bonnes choses ! J'essaie de rééditer tous mes travaux sur mon nouveau label Original Music depuis 1989 mais il y en a vraiment beaucoup, c'est à l'heure actuelle mon principal problème : que sortir en premier ? Pour revenir à la source j'ai compilé mes premiers morceaux sur "Jah Woosh Collection 1972/76" et repressé quelques titres en 45 tours mais il en reste encore des tonnes !
On perd votre trace à l'ère du digital, allergique aux ordinateurs ?
JW - Dans les années 80 j'ai quitté la scène musicale pour me concentrer sur d'autres projets... Je suis parti en Afrique, plus exactement au Ghana, où je possède d'ailleurs une maison ! Je vais également y lancer un magasin qui devrait servir de relais à Original Music pour propager le message partout en Afrique : studios, clubs, fermes, partout ! Pour ce qui est du digital, je n'ai jamais aimé leur truc informatique, no feeling yunno ? No vibes ! Je m'efforce de promouvoir le vrai son, celui qui a subi l'épreuve du temps et tiendra bon pour toujours... Car I & I sommes rasta et on ne peut pas prendre notre mission à la légère... Memba this a serious ting!




