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Interview with Mike Brooks

Mike Brooks

Inconnu du grand public, Mike Brooks restera l'homme de l'ombre grâce à qui auront vu le jour bon nombre de classiques des années 70. Ignorant ses propres talents de chanteurs, Mike Brooks aura très tôt préféré la production à l'interprétation ce qui ne l'a pas empêché d'enregistrer quelques morceaux de reggae mythiques pour Perry... Le label Allemand Möll Selekta et l'anglais Jet Star le mettent aujourd'hui simultanément à l'honneur sur 2 albums réunissant ses trop rares travaux. C'est à Londres où notre vétéran réside que démarre notre virée dans le Kingston des 70s... Attachez vos ceintures !

Vous êtes né en 1953, votre label "Teems" (ndlr. plusieurs orthographes possibles) a vu le jour en 1969 : même à Kingston, les producteurs âgés de 16 ans ne courent pas les rues...

MB - Well, dans ma jeunesse je parcourais Kingston et ses studios aux côtés de Patrick Francis alias Jah Lloyd. A l'époque, je volais de l'argent à ma grand-mère pour payer mes sessions de studios... J'ai fondé mon label avec l'argent qu'on me donnait pour manger à midi ! J'aurais fait n'importe quoi tellement j'aimais la musique... Le premier single paru sur Teems date de 197O, c' était un morceau de Jah Lloyd intitulé " Soldier round the corner ". Le riddim qu'on a utilisé était un cut de Delroy Wilson intitulé " Better must come ", cette version a été un hit instantané ! C'est ce qui a lancé le label.

Votre collaboration comme chanteur pour Lee Scratch Perry commence en 1972 avec le single "The Earth is the fullness"...

MB - Oui, mais Je connaissais Perry depuis longtemps déjà , on avait l'habitude de trainer dans son studio avec Jah Lloyd. C'était un studio plein de vibes, tu pouvais y croiser Deadley Headley, Ansell Collins, Bob Marley... Scratch était le meilleur producteur à l'époque. Pour entrer dans Black Ark il fallait être propre au sens spirituel du terme et accepter les règles du lieu. Ceux qui y étaient te le diront : Earl Sixteen, Junior Delgado, Sugar Minott, Cedric Myton... De fait, Lee Perry ne travaillait qu'avec un nombre restreint de personnes. J'ai continué à travailler avec Perry jusqu'en 1976, mais plus qu'un employeur c'était un ami. A la même époque, je travaillais dans différents studios comme celui d'Alvin GG Ranglin, j'étais souvent avec Flabba Holt, Bingy Bunny des Roots Radics. Je me souviens qu'ils avaient enregistrés des morceaux avec Bob Marley à Black Ark mais Perry a détruit les enregistrements en mettant le feu à Black Ark ! Bob venait souvent au studio pour prendre une vibe, ça tournait en jam session à l'issue de laquelle Perry enregistrait le résultat, on construisait beaucoup de morceaux comme ça : fast!

De toute évidence, vos enregistrements ont été épargnés lors de l'incendie du Studio Black Ark...

MB - En effet, et lorsque je suis venu en France j'ai laissé ces enregistrements au label français Tabou 1 qui semblait intéressé car il avait déjà sorti un album de Bunny Rugs sur Upsetter. Quelques mois plus tard, Earl " Heptones " Morgan m'a appelé des USA pour me dire que l'album " Mikey Brooks + Upsetters 1976 " était sorti sur Tabou 1 alors que nous n'avions rien signé ! J'ai immédiatement fait arrêter la distribution mais j'attends toujours des explications... D'ailleurs, je suis en train de poursuivre Trojan en justice car ils ont publiés deux titres qui m'appartiennent et ce sans mon autorisation... Je n'aime pas avoir recours à la justice de Babylone pour régler mes affaires mais c'est le seul moyen de récupérer ce qui m'est dû !

Votre carrière de chanteur a laissé nettement moins de traces que votre travail en tant que producteur...

MB - True, car j'ai eu beaucoup de hits en tant que producteur ! En 1972, j'ai produit " Guiding Star " avec Alvin GG Ranglin pour les Heptones qui est devenu un classique. A la même époque, on a fait " Who have eyes to see " avec le regretté Prince Far I... Mais, ça a été toute une histoire à l'heure de parler argent (il imite la grosse voix de Far I " I want mo' money !"), on est resté ami malgré tout mais ça a été notre dernière collaboration artistique ! Ma plus grande réussite aura été mon travail avec les Mighty Diamonds pour qui j'ai produit le classique " Shame & Pride ", ce morceau a été enregistré chez Randy's mais on l'a donné à Jo Jo de Channel One pour qu'il le sorte sur son album. De nos jours, je continue à produire de nouveaux talents : récemment j'ai lancé le chanteur de R'N'B Wayne Marshall ainsi qu'un jeune du nom d'Anthony Q. Je réédite aussi des classiques de Jah Lloyd, Dennis Alcapone ou Joseph Cotton qui sont longtemps demeuré introuvables... (nda. Collection " the Good old days of the 70s " Vol.1 et 2, distribué par Jet Star).

Parlez-nous du regretté Jah Lloyd (RIP 1999) alias Jah Lion (Lp Columbia Collie pour Upsetters) que vous avez bien connu pour avoir été son producteur et meilleur ami...

MB - C'était un youth plein d'humilité, il connaissait bien le business... C'est lui qui a parié le premier sur les Mighty Diamonds... Tout le monde te le dira : Jah Lloyd était un youth tranquille, je l'ai connu avant d'être producteur et il est resté à mes côtés jusqu'au bout...

Vous avez participé au morceau "Born for a purpose" de Doctor Alimantado...

MB - True ! On a fait les choeurs de ce morceau avec le regretté Bim Sherman... Mais je vais te raconter toute l'histoire si Tado ne l'a pas déjà fait : tu vois, Tado est un Ital dread...Il ne mange même pas de sel, seen ! Un jour, alors qu'il roulait en moto, un bus l'a renversé et il s'est retrouvé à l'hopital... A sa sortie il était vraiment diminué physiquement et complètement fauché. Jo Jo Hookim (Ndlr. Le boss de Channel one) lui a offert un peu de studio time pour l'aider à repartir. Avec Bim Sherman, on a fait les choeurs de cette session gratuitement et le premier lyrics de Tado a été " Born for a purpose " ! Cet accident de moto lui a fait pleinement comprendre qu'il était sur terre pour faire l'oeuvre de Jah, qu'il était Born for a purpose ! Par la suite, j'ai à nouveau collaboré avec Bim Sherman sur le morceau " Happiness "...

Certains de tes travaux de producteurs et de chanteurs viennent d'être réédités par le label allemand Möll Selekta ("Just the vibes 1976-83")...

MB - La plupart de ces travaux datent des années 70, il y a là les meilleurs ingénieurs de l'époque : Tubby's, Perry, Scientist, Prince Jammy. J'ai inclus quelques un de mes morceaux pour Black Ark ou le morceau " Holy Jah Jah " sur un cut de Jackie Mittoo... J'ai également inclus des morceaux rares de chanteurs tels que Barry Brown, Cornell Campbell , Errol Dunkley ou du trop rare Horace Grosset dont je n'ai plus entendu parler depuis... Jet Star vient également de sortir un album intitulé " They trying to Conquer " sur lequel on trouve une sélection de titres que j'ai enregistré à diverses époques, j'ai tellement de morceau inédits !. Musidisc devrait sortir un nouvel album de moi en février et j'ai également repressé quelques un de mes anciens 45 tours sur "Teams" pour les amoureux du vinyl...

On ne te voit pas beaucoup, voir pas du tout sur scène...est-ce un choix de vie ?

MB - Non, en fait j'ai hâte de remonter sur scène, car je sais qu'en Europe les gens apprécient les chanteurs et le roots... Dans les 70s, on n'était pas beaucoup de chanteurs à fréquenter et tenir le rythme des sound systems : Cornell Campbell, Anthony Johnson, Al Campbell, Horace Andy et moi-même étions les plus assidus ! J'attends donc avec impatience de renouer avec les shows live !

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