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Interview de Sly & Robbie

Sly & Robbie

De retour sur scène après plus de 10 ans d'absence, Sly Dunbar (le maigre) et Robbie Shakespeare (l'autre) n'ont rien perdu de leur savoir-faire légendaire. L'histoire de la section rythmique la plus réputée de Jamaïque se confond avec celle du reggae des années 70 à nos jours, et c'est que depuis ce temps là Sly & Robbie ne cesse d'accumuler les hits et les collaborations. A l'heure où l'industrie du reggae semble parfois tourner en rond, ils n'ont pas leur pareil pour surprendre les oreilles des dancehall du monde entier. Toujours en avance sur leur temps, Sly & Robbie n'hésite pas à pêcher du côté des musique latines, arabes et même indiennes pour renouveler le genre. Une grande partie de leur catalogue est désormais disponible sur le label français Tabou 1, c'est également sur ce label que verront le jour leurs prochains projets : Cocorico ! C'est donc après une prestation sans faute à l'Elysée Montmartre que ces deux géants du reggae ont accepté de répondre à nos questions, Taxi Gang time now!

Ce concert à Paris est le premier depuis bien longtemps...

S - Right, 12 ans exactement depuis notre dernier passage à Paris aux côtés de Freddie Mc Gregor... C'était en 1989 ! La France nous a toujours très bien reçu et on a beaucoup de bons souvenirs ici, on a un vrai public depuis notre collaboration avec Gainsbourg...

Une collaboration qui s'est soldée par un double disque d'or !

S - Pour ce qui est des disques d'or on ne les a jamais eu... Gainsbourg ne nous a envoyé que des photos ! Mais le principal c'est que ce son à fait le tour du pays et nous a permis de l'accompagner sur des concerts, notre dernière prestation au Palace à Paris a d'ailleurs fait l'objet d'un live. Gainsbourg avait un bon feeling, il a enregistré son album en deux semaines ! Il a sélectionné ses riddims et s'est posé dessus comme si il avait fait ça toute sa vie...

Si quelqu'un a fait du reggae toute sa vie c'est bien Sly & Robbie...

S & R - On a commencé par s'appeler "The Revolutionnaries" en 1975, on enregistrait chez Channel One dont le boss était Jo Jo Hookim. On a fait nos classes avec des gens comme Burning Spear, the Heptones, Culture, The Gladiators ou Wailing Souls... C'est à cette période qu'on a lancé le son rockers en Jamaïque ! On a eu beaucoup de noms par la suite, a chaque changement de formation en fait : "Word, Sound & Power" avec Peter Tosh, "The Profesionnals" avec Joe Gibbs, "Dynamic Duo" et finalement "Taxi Gang "...

Vous avez choisi Taxi pour le côté mobile ?

S & R - Ce nom nous vient de l'époque où on jouait dans des clubs loin de chez nous et on circulait tout le temps en taxi, avec l'effet de nombre et les instruments ça faisait un paquet de Taxi... Taxi Gang ! Quand l'heure de monter notre label est arrivée, on l'a naturellement baptisé Taxi ! "Soon Forward" de Gregory Isaacs a été le premier hit. En 1979... Par la suite, on a produit une série de hits sur une rythmique désormais baptisée "Taxi riddim"...

Au sujet de cette fameuse rythmique, il existe une version antérieure produite par Blacka Morwell (1977), existe-t-il un lien avec la votre ?

S - Non, je ne crois pas que ce soit la même chose... Notre rythmique a vu le jour au cours d'une session classique ou on testait de nouvelles idées, je jouais et Robbie posais la basse par dessus : le Taxi est né comme ça... simple ting! Même à l'époque de Taxi, on avait tellement de sons qu'on enregistrait pour des gens comme George Phang, Fattis Burell ou Clive Jarett et beaucoup d'autres...

Il existe même un morceau de Bob Marley avec Robbie à la basse...

R - Yes, "Concrete Jungle" sur l'album "Catch a Fire"... mais ce n'est pas indiqué sur la pochette ! C'est Bob qui m'a demandé de remplacer Familyman, car il voulait un son particulier qu'il m'avait entendu jouer en répétition... un son puissant que j'obtenais en mettant de la mousse sous les cordes de la basse ! Quand l'album est sorti, je ne me souvenais même plus de cette histoire mais c'est Familyman lui-même qui me l'a rappelé lorsqu'on a écouté l'album.

Vous avez rejoué la rythmique "Thank U lord" de Bob Marley l'année dernière...

S - Cette rythmique était destinée à l'usage exclusif d'Al Campbell qui voulait enregistrer un cover car le 20ème anniversaire de la disparition de Bob approchait... Le morceau est sorti sur le Label Hi-Power de General Lee mais il y en a eu d'autres sur la même rythmique par la suite : Luciano, Glenn Washington ... Ce n'était pas vraiment ce qui était convenu à l'origine...

Vous avez décroché votre premier Grammy Award en 1984 pour l'album Anthem de Black Uhuru...

S - Oui, par la suite on a été souvent nominés depuis mais celui là reste un excellent souvenir ! C'était le troisième album de Black Uhuru après "Showcase" et "Sinsemilla ", une formation qu'on avait repris avec Mykal Roze, Puma Jones et Ducky Simpson... De nos jous il ne reste plus que Ducky Simpson dans Black Uhuru et c'est Andrew Bees qui succéde à Junior Reid comme nouveau lead singer... Le style de chant est toujours Water House Style.

Parlez nous de ce fameux Water House Style...

S - Water House c'est un des ghettos les plus durs de Kingston mais c'est aussi de là que viennent bon nombre de chanteurs... Mykal Roze habitait là et quand on a commencé à bosser ensemble je trouvais que son style n'était pas assez personnel. Alors, je lui ai passé quelques enregistrements en vrac pour qu'il s'en inspire. Il y avait là des sons de tous genres : des morceaux de Ossie Feliziano, "Blood & Fire", " War "... Quelques jours plus tard, il est revenu me voir avec cette idée d'un chant à la limite de la lamentation : Water House style! Le premier morceau sur lequel on a testé ce style fut une reprise du hit de Dawn Penn "No, no, no..." puis les hits de Black Uhuru sont arrivés et on les jouait encore ce soir ! Good music can't die!

Vous avez accumulé les collaborations, les plus marquantes ?

S & R - Il y a tellement... Au niveau international il y eu a des gens comme les Rolling Stones, Grace Jones, Bob Dylan ou Howie B ... On aime bien essayer de nouveaux trucs en permanence, alors on travaille avec de gens très différents ! Côté français, en plus de Gainsbourg, on a enregistré pour Manu Dibango et Princess Erika et plus récemment pour l'album de Baobab. On travaille actuellement sur un projet du label Tabou 1 qui vise à mélanger du reggae et du raï... Ce genre de projets attire toujours mon attention ! Il y quelques années Taxi avait tenté une expérience similaire avec "la Trenggae" un mélange de rythmes latino et reggae, c'est d'ailleurs à cette occasion qu'on a trouvé l'idée de la rythmique Mission Impossible... Les possibilités musicales sont infinies, le riddim Bam Bam sur lequel Chaka Demus & Pliers ont fait un hit planétaire était fortement influencé par le style indien Bangara et on pourrait continuer toute la nuit...

Vos projets

S & R - Finir la tournée et bien profiter de ce retour au live avant de retourner en studio, sinon Tabou 1 s'apprête à sortir l'album d'Innocent Crew, un jeune groupe très prometteur qui a déjà fait ses preuves en Jamaïque. C'est nous qui avons posé les rythmiques et ça secoue... Check it out!

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